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Septième Forum de développement durable – 11/10/2009, Ouagadougou – Burkina Faso


Publié le : 22 octobre 2009

A la veille de l’Appel de Cotonou, le Président Jacques Chirac est intervenu au Forum de développement durable de Ouagadougou. Retrouvez son discours

Le Président Jacques Chirac est intervenu au Forum de développement durable de Ouagadougou. où il a plaidé pour l’implication de l’Afrique en matière de prévention climatique.


Discours du Président Jacques Chirac au 7ème Forum de développement durable de Ouagadougou
Dimanche 11 Octobre 2009

Messieurs les Présidents,
Mesdames et Messieurs les Ministres,
Chers amis,

J’aime et je respecte l’Afrique.
J’aime qu’elle se donne le temps de débattre et de réfléchir concrètement pour préparer son avenir.

C’est ce que vous faites ensemble depuis deux jours.

Je remercie mon ami le président Blaise Compaoré de son invitation à me joindre à vous.
Il sait le plaisir que j’ai à retrouver le Burkina-Faso.

J’ai encouragé dès l’origine les efforts d’Emile Malet pour organiser ce dialogue régulier entre Africains et Européens autour du développement durable.

Nous avons eu raison.

Le développement durable était alors une préoccupation de spécialistes.

Et le voici au premier rang des préoccupations des dirigeants du monde.

En partageant le meilleur du savoir disponible,
en dialoguant avec les experts les plus reconnus,
vous avez rendu un grand service à l’Afrique.

Grâce à vos efforts, l’Afrique n’aborde pas démunie les négociations qui vont s’engager à Copenhague.

Elle peut espérer y faire entendre sa propre voix et inscrire ses propres priorités à l’agenda de la communauté internationale.

Je salue les efforts des Etats africains, qui représentent plus du quart des Etats de l’Organisation des Nations Unies, pour parler à Copenhague d’une seule voix.

L’Afrique a des dirigeants qui s’expriment avec beaucoup de compétence et de sagesse sur les sujets du changement climatique. Le Premier ministre éthiopien et le Président Compaoré sont des voix qui comptent dans le monde.  Je suis depuis longtemps à leur écoute. De ce qu’ils m’ont souvent dit partent mes quelques remarques.

Les conséquences les plus néfastes du changement climatique n’auront pas lieu sous une latitude particulière mais là où le degré de développement est le plus bas.

Ce sont les sociétés les plus fragiles qui en souffriront le plus.

Nulle part, le changement du climat ne sera indolore.
Ceux qui croient que ses conséquences se limiteront aux franges arides du monde tropical se trompent.

J’ai eu l’occasion de m’entretenir à plusieurs reprises avec le Président du GIEC, Rajendra Pachauri. C’est un homme remarquable.

Il a accepté de contribuer à l’action de la Fondation que je dirige. Il est formel ; c’est toute la surface de la planète qui sera affectée par des modifications que nous ne pouvons pas encore mesurer ou prévoir.

Mais nous savons l’essentiel : partout, le climat risque de se montrer plus imprévisible et plus violent.

De cette violence nouvelle, les pluies qui ont dévasté votre capitale, donnent peut-être un aperçu. J’ai exprimé ma sympathie aux victimes et j’ai pu constater hier après-midi les résultats des efforts admirables réalisés pour répondre à l’urgence.

Répondre à l’urgence, s’adapter à l’imprévu, voilà bien ce à quoi nous contraint de plus en plus le changement du climat.

Et cette capacité à faire face, les populations et les Etats trop affaiblis ne l’ont pas.

C’est pourquoi, la première des priorités est plus que jamais d’accélérer la sortie de la pauvreté.

Les pays les moins avancés méritent un effort de solidarité particulier, à la fois pour arracher leur population à la pauvreté et pour réaliser les investissements nécessaires à prévenir les risques liés au changement du climat.

De ces risques à venir, les pays les moins avancés seront évidemment les premières victimes.

Par ailleurs lorsque la misère des hommes les conduit à détruire la forêt, à dégrader les sols, à appauvrir la biodiversité, à gaspiller et polluer les eaux, c’est le climat de la planète qui en subit les conséquences.

Il est stérile d’opposer la lutte contre la pauvreté à la prévention du changement climatique. L’aide au développement, qui combat la misère, facilite aussi la transition vers de meilleurs équilibres agricoles, pastoraux et énergétiques.

L’aide au développement est un outil indispensable de la prévention climatique.

Je tiens à le redire : rien, ni la crise économique, ni le climat, ne doit servir de prétexte à relâcher l’effort de développement. Seuls des économies fortes et des Etats organisés pourront affronter les défis du changement climatique.

Ne changeons pas de stratégie face au danger qui vient : accélérons plutôt le combat pour le développement, la sécurité alimentaire, la santé.

Aucune organisation de l’environnement, fût-elle mondiale et unique, comme je l’ai demandé depuis longtemps, ne viendra se substituer à vos Etats.

La réforme de l’Etat pour faire face au changement climatique est votre responsabilité. Mais nous devons être à vos côtés. Si nous voulons que la pollution soit réduite, la déforestation contenue, les risques majeurs maîtrisés, il n’y a pas d’autre solution que de renforcer, dès aujourd’hui, les coopérations politiques, administratives et budgétaires.

Comment imaginer agir sur les pollutions, les émissions de carbone, la destruction des forêts, sans agir d’abord, sur les causes : le déficit de développement, le manque de moyens des Etats, la pénurie d’investissements dans le secteur privé.

Nous avons, depuis plusieurs années, imaginé une stratégie cohérente de développement durable pour l’ensemble de la planète. Il ne faut pas aujourd’hui la réinventer. Il faut la mettre en œuvre et la faire évoluer.

Nous avons les Objectifs du millénaire pour lutter contre la pauvreté. Il faut les tenir. J’ai proposé qu’une partie des moyens nécessaires soient dégagés par des financements innovants, comme la contribution sur les billets d’avion. Il faut poursuivre dans cette voie.

Nous avons l’aide au développement et l’assistance technique pour renforcer les structures étatiques. C’est dans le cadre d’une aide budgétaire planifiée, contractuelle, maîtrisée, que les financements complémentaires pour lutter contre le changement du climat devront naturellement se déployer, rapidement.

Nous avons enfin besoin de marchés plus ouverts et plus équitables, pour dynamiser le secteur privé, diffuser les technologies, abaisser le coût des  énergies renouvelables.

Nous avons besoin d’une conclusion généreuse du cycle de l’OMC pour offrir des débouchés aux entrepreneurs et aux paysans du monde en développement.

Car il faut augmenter de 60% les investissements dans l’agriculture si nous voulons pouvoir assurer un minimum de sécurité alimentaire aux 9 milliards d’hommes de 2050.

Tout cela se tient. Cela forme un agenda cohérent, dans lequel la lutte contre le changement climatique doit avoir sa place.

Sans une nouvelle alliance entre les Européens et les Africains autour des Objectifs du millénaire, du maintien de l’aide au développement et de la conclusion équilibrée du cycle de Doha, nous perdrons la course contre la pauvreté. Sans une exigence forte de l’Afrique en matière de prévention du climat, sans une solidarité accrue entre toutes les nations, nous perdrons la course contre la dégradation de l’environnement planétaire.

Alors, mes Chers amis,

Je suis résolument contre l’idée d’une compensation globale où, l’Afrique serait dédommagée pour ne plus toucher à ses forêts, pour geler sa consommation d’énergie et renoncer à son industrialisation.

Rêvons plutôt ensemble d’une Afrique encore plus dynamique sur les marchés mondiaux, d’une Afrique industrielle et prospère, capable d’assumer par elle-même, selon ses propres règles et ses propres méthodes, l’essentiel de son adaptation aux défis du climat.

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