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Première remise du Prix pour la prévention des conflits, 06/11/2009, La Sorbonne – Paris


Publié le : 17 novembre 2009

Vendredi 6 novembre 2009, le Jury du Prix de la fondation Chirac a remis pour la première fois le Prix de la fondation Chirac à l’Imam Muhammad Ashafa et au Pasteur James Wuye et le Prix spécial du Jury à Park Jae-Kyu, Président de l’Université Kyungnam et ancien ministre de l’Unification en Corée du Sud.

Vendredi 6 novembre 2009, le Jury du Prix de la fondation Chirac a remis pour la première fois :

  • le Prix de la fondation Chirac à l’Imam Muhammad Ashafa et au Pasteur James Wuye pour leur action en faveur du dialogue entre chrétiens et musulmans au Nigeria,
  • le Prix spécial du Jury à Park Jae-Kyu, Président de l’Université Kyungnam et ancien ministre de l’Unification en Corée du Sud, pour son action en faveur d’un rapprochement entre la Corée du Sud et la Corée du Nord.

Télécharger le discours du Président Jacques Chirac (pdf)

(seul le prononcé fait foi)

Monsieur le Secrétaire Général,
Cher Kofi Annan,
Mesdames et Messieurs les Ministres,
Monsieur le Recteur de l’Académie de Paris, Mesdames et Messieurs les membres du jury,
Mesdames et Messieurs,
Mes chers amis,

Notre monde fait face à de graves désordres.

La crise économique et financière accroît les risques et multiplie les déséquilibres et les inégalités. Ses conséquences, cruelles pour les populations les plus fragiles des pays riches, sont dramatiques pour les pays pauvres.

Comme le met tristement en lumière la crise alimentaire qui touche aujourd’hui un sixième de l’humanité, des centaines de millions d’hommes, de femmes et d’enfants sont plongés dans une misère indigne de la condition humaine.

Aujourd’hui, malgré une augmentation de la richesse globale, la pauvreté est partout.

A nos portes, chez nos voisins, et particulièrement en Afrique.

Le G20, sous l’impulsion du Président de la République Française, dans un effort de coopération sans précédent, s’efforce d’apporter une réponse à la hauteur des enjeux. Mais d’autres menaces subsistent et, parfois, s’aggravent. Partout, l’on voit resurgir les germes de conflits potentiels :

-    identités exacerbées ou niées,
-    accès déséquilibré à l’eau, à l’alimentation, aux sources d’énergie,
-    perte de sens et de cohésion des sociétés.

Or, cédant à un sentiment d’impuissance, et parfois au cynisme, la communauté internationale s’accommode de conflits ouverts ou larvés, d’injustices évidentes ou cachées. Bref, elle renonce.

Oui, selon le mot célèbre, notre monde est grand et terrible.

Grand dans toutes ses promesses, terrible dans tous ses fléaux, et d’abord le premier d’entre eux: la guerre, la guerre, mère de toutes les pauvretés. La guerre entre les peuples, mais aussi la guerre civile, qui ajoute à la violence le déshonneur et l’autodestruction.

Je crois à la primauté du droit sur la force. Je crois à la vertu du dialogue. Je crois en l’Homme.

La guerre n’est jamais la solution. C’est pourquoi, il faut donner priorité et soutien à tout ce qui peut en extirper les racines du cœur de nos sociétés.

Il faut discerner les braises de la haine où qu’elles puissent couver, et aider tous ceux qui peuvent les éteindre, ceux qui dissipent les malentendus, ceux qui suscitent à temps les réconciliations.

Pour toutes ces raisons, j’ai voulu que ma Fondation crée un Prix pour la prévention des conflits.

Car la guerre n’est pas un phénomène appartenant au passé. Si l’Europe a su, après quelle barbarie, vivre en paix ces soixante dernières années, n’oublions pas que la guerre frappait à sa porte il y a peu : il y a dix ans à peine, les Balkans étaient en feu.

C’est l’un des risques d’un univers mondialisé que de transformer tout conflit local en une menace universelle.

Le monde se fait un pour le meilleur et pour le pire. Dans un tel contexte, « il n’y a pas », selon le mot d’Amadou Hampaté Bâ, « de petite querelle ».

L’Histoire nous l’a appris, chaque grande crise économique augmente les risques de déstabilisation politique et attise les conflits latents.

L’actuelle crise financière, même si les États ont su réagir plus vite et de manière plus efficace que lors de la grande dépression des années 30, laissera des traces. Le prix humain est déjà lourd. Des équilibres fragiles sont remis en cause.

Les années qui viennent seront à haut risque. Nous devons être lucides sur cette situation et en tirer les conséquences pour agir.

Nous sommes tous concernés. Nous devons être encore plus vigilants.

Je sais la part que vous avez prise, cher Kofi ANNAN, pour faire avancer la réflexion sur la prévention des conflits dans les instances de l’ONU, pour définir des concepts et des procédures comme celles de la veille continue, de l’alerte précoce, de la médiation ou de la facilitation. Partout, les organisations régionales se sont davantage impliquées, comme le fait aussi l’Organisation Internationale de la Francophonie, dirigée par notre ami le Président Abdou Diouf.

Nous devons être reconnaissants à tous ceux qui, au nom des Etats et des organisations internationales, s’efforcent patiemment, sans se laisser rebuter par les difficultés, d’apaiser les tensions internes ou externes, et d’éliminer les sources de possibles conflits.

Mais l’action en faveur de la paix a aussi besoin d’engagements plus larges.

Plus que jamais, il nous faut des militants de la paix issus de la société civile. Car l’action politique, si elle exige vision et hauteur de vue, a aussi besoin de relais.

Elle a besoin de passeurs.

Elle a besoin de femmes et d’hommes de cœur et de raison qui, au mépris des préjugés, prennent des risques pour eux et pour les leurs.

Ce sont eux qui ouvrent ces voies nouvelles, ignorant les logiques paresseuses de la fatalité.

Ce sont ces éclaireurs, ces vigies de la paix, que ma Fondation a voulu honorer en créant les Prix que nous allons remettre à ces premiers lauréats dans un instant.

Ils incarnent une espérance. Ils combattent le mal. Ils rendent ses chances à l’espoir.

Ils nous prouvent que le meilleur est possible.

Ils montrent qu’on peut changer le monde.

Ils le font sans bruit.

Par l’exemple.

Ils démontrent la force de la non-violence.

Ils fondent leur action sur le dialogue, sur l’écoute.

Ils emploient les moyens les plus simples : la force de la parole et de la main tendue.

La force du vouloir vivre ensemble, cher à notre ami Andrea Riccardi.

Il était juste de reconnaître leurs efforts. De les encourager. De les faire mieux connaître au monde.

Parce que leur travail patient représente une autre forme de diplomatie.

Il accrédite, au service de la communauté humaine, une forme d’action que Gandhi, Martin Luther King, Mandela et tant d’autres, ont mise au service de la paix et de la réconciliation des hommes : une politique de la « force faible» en quelque sorte.

La paix n’est pas seulement affaire de conférences internationales. La paix est parfois humble, comme un repas partagé. Elle se construit laborieusement, dans le cœur des femmes et des hommes.

Une telle méthode est-elle infaillible ? Certainement pas, puisque nous sommes dans un domaine où se mêlent intérêts, cruautés et intransigeance.

Elle est pourtant un apport précieux à une civilisation qui, en ce début du XXle siècle, découvre ses fragilités.

En remettant aujourd’hui les Prix de ma Fondation pour la prévention des conflits, c’est cette contribution exemplaire à la construction d’un monde meilleur que je veux saluer.

Je tiens à remercier les experts et les membres du jury qui nous ont accompagnés dans tout le processus de sélection de ces lauréats.

Je remercie également M. Naguib Sawiris pour son soutien à notre initiative.

Je remercie enfin le recteur Patrick Gérard, de nous accueillir dans ce haut lieu de culture et de civilisation qu’est la Sorbonne.

Le Prix du Jury récompense l’action du  Docteur PARK Jae Kyu, ancien ministre coréen de la réunification, inlassable artisan du dialogue avec la Corée du Nord, et qui a ouvert la voie au rapprochement des populations.

Le Prix pour la prévention des conflits récompense, pour sa part, l’Imam Mohammed Ashafa et le Pasteur James Wuye. Tous deux, anciens adversaires dans un antagonisme militant, ont su remettre en cause le recours à la violence pour se consacrer à la réconciliation des cœurs et des esprits, dans un Nigeria traversé par les fractures religieuses et ethniques.

Le dialogue qu’ils ont engagé depuis plusieurs années  continue de produire ses fruits et nous montre la voie.

Leur exemple, à tous les trois, nous oblige.

Permettez-moi enfin, dans cette circonstance particulière, de rendre un hommage respectueux à l’immense Claude Lévi Strauss, dont l’œuvre tout entière a été consacrée à montrer que toutes les civilisations étaient également dignes de respect.

Son enseignement lui aussi nous inspire.

Je vous remercie.

Pour en savoir plus sur le Prix de la fondation Chirac pour la prévention des conflits, cliquez ici

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