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L’Université Galatasaray, 11/05/2010 – Turquie


Publié le : 12 mai 2010

Discours de Monsieur Jacques CHIRAC, ancien Président de la République Française à l’Université Galatasaray à l’occasion de la remise du doctorat honoris causa – Istanbul – Mardi 11 mai 2010

Discours de Monsieur Jacques CHIRAC, ancien Président de la République Française à l’Université Galatasaray à l’occasion de la remise du doctorat honoris causa – Istanbul – Mardi 11 mai 2010


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Monsieur le Président de la République, cher Süleyman Demirel,

Messieurs les Ministres,

Monsieur le Recteur,

Monsieur le Président de la Fondation d’Education Galatasaray,

Messieurs les Ambassadeurs,

Madame la Directrice du lycée Galatasaray,

Mesdames et Messieurs,

C’est un immense honneur que de recevoir aujourd’hui, à Istanbul, le doctorat honoris causa de l’Université Galatasaray.

Honneur, car chacun connait le prestige de votre université, l’action irremplaçable qui est la vôtre pour la francophonie, et la place de votre établissement dans l’histoire de la Turquie.

Avec vous, je suis fier de cette université de Galatasaray, dont je suis maintenant diplômé.

Elle est le fruit d’une volonté commune de nos deux pays, exprimée au plus haut niveau. L’accord de coopération l’instituant a, en effet, été signé en présence des deux Présidents de la République, MM. Turgut Özal et François Mitterrand, il y a 18 ans, le 14 avril 1992. Il a été ratifié par un vote unanime de la Grande Assemblée Nationale de Turquie.

En créant cette Université francophone au bord du Bosphore, le gouvernement turc s’est à nouveau tourné vers la France.

Comme en 1868, au moment de la création du lycée Galatasaray, lorsque cette grande idée était née d’une rencontre entre le sultan Abdülaziz et Victor Duruy, le ministre de l’Education de Napoléon III.

L’Université Galatasaray affiche déjà un bilan exceptionnel.

Elle est dotée du statut « d’université d’excellence ».

Elle attire les meilleurs étudiants de Turquie, grâce à une procédure de recrutement extrêmement sélective.

Elle est ainsi parvenue, en quelques années, à se hisser au niveau de qualité de ce lycée centenaire et prestigieux, qui a donné à la Turquie tant de ministres, d’Ambassadeurs, de parlementaires, d’intellectuels illustres, professeurs d’université, écrivains, journalistes et artistes, dont beaucoup sont parmi nous aujourd’hui.

Mesdames et Messieurs,

Que d’audace, de clairvoyance et de ténacité il a fallu, pour parvenir à cet impressionnant résultat dont vous êtes à la fois les acteurs et les témoins !

Je souhaite profiter de l’honneur que vous me faites pour rendre un hommage particulier à mon prédécesseur, le Président François Mitterrand, à qui ce projet tenait tant à cœur. Il s’exprima ici même en ces termes : “La Turquie fait honneur à notre culture et à notre langue française que vous allez choisir comme instrument de modernisation et d’ouverture au monde”.

L’Université Galatasaray s’inscrit ainsi parfaitement dans l’œuvre de modernisation voulue par Atatürk.

Pour faire sortir de terre cet ambitieux projet, que tant de pays européens imitent aujourd’hui, il fallait des visionnaires, des pionniers, dont plusieurs d’entre eux nous honorent de leur présence. Mais, pour le faire vivre, et lui donner l’ampleur qu’il connaît aujourd’hui, votre Université devait remplir trois conditions dont elle a su parfaitement s’acquitter.

Tout d’abord, des bases solides avec une architecture institutionnelle innovante.

Je veux tout particulièrement saluer le Haut Comité de Parrainage franco-turc, qui réunit de hautes personnalités du monde de la politique, de la culture et de l’Université en France. Il est actuellement présidé par mon ami, l’ancien Premier ministre Alain Juppé, Maire de Bordeaux, qui a bien voulu occuper cette charge après le décès de Raymond Barre, son prédécesseur à la tête du comité.

Pour former les responsables de la Turquie de demain, il fallait également que le corps enseignant fût exceptionnel. Le ministère français de l’Education nationale l’a bien compris, en vous envoyant, chaque année, ses meilleurs éléments.

Je sais que le gouvernement turc a le même souci, en détachant, dans votre Université, ses plus brillants enseignants.

Mesdames et Messieurs les professeurs, vous êtes des maillons essentiels de cette chaîne intellectuelle qui produit tous les ans les jeunes diplômés qui font honneur à la « tradition Galatasaray ».

Pour faire de votre Université ce qu’elle est devenue, il fallait enfin une volonté politique forte.

J’ai eu à cœur, lorsque j’ai assumé la fonction de Président de la République, de toujours veiller à la bonne marche de votre institution qui est l’un des plus précieux joyaux de la relation entre nos deux pays.

Monsieur le Recteur, Monsieur le Président de la Fondation d’Education Galatasaray, Mesdames et Messieurs les anciens élèves du lycée et de l’Université, membres de l’Association des Anciens, mais aussi de l’Amicale, vous êtes, toutes et tous, les éminents représentants d’une société intellectuelle qui érige le savoir en vertu cardinale.

Cela crée, entre vous, un lien indéfectible et quasi-fraternel.

C’est ce lien qui me permet d’intégrer le cercle très fermé des docteurs honoris causa de votre grande université.

Je salue notamment le président de la Fondation d’Education Galatasaray, M. Inan Kiraç, docteur en 2007.

Cher Inan Kiraç, vous êtes le symbole de ce que Galatasaray a su produire de meilleur.

Vous êtes aussi un défenseur ardent, militant et exigeant, de l’amitié entre la Turquie et la France, et ceci, en toutes circonstances.

En propageant l’usage du français, Galatasaray représente l’un des piliers de cette identité francophone qui transcende les frontières, les clivages politiques, culturels ou religieux.

Chaque langue a son génie.

Celle que nous avons en partage conduit à une certaine vision des rapports entre les hommes et entre les communautés.

Une vision qu’inspirent les valeurs de solidarité et de fraternité, c’est-à-dire, celle des droits de l’Homme.

Votre Université, membre titulaire de l’Agence Universitaire de la Francophonie, le Lycée Galatasaray, ainsi que tous les lycées francophones de Turquie, constituent un maillon important au sein de cet ensemble qui réunit, sur les cinq continents, plus de 750 millions de personnes.

Fervent militant de la francophonie, je suis particulièrement heureux et fier de trouver, en Turquie, des avocats aussi éminents en faveur de la diversité culturelle et de l’égale dignité de toutes les cultures.

Mesdames et Messieurs,

L’exceptionnelle relation d’amitié que la France entretient, depuis des siècles, avec la Turquie, nous permet, aujourd’hui, de parler, entre nous, de communauté de destin.

Cette communauté de destin, il nous appartient de la faire vivre.

Elle s’enrichit d’un dialogue politique dense, de fructueux échanges entre nos sociétés, et d’une contribution partagée à la promotion de la paix dans le monde.

Le dialogue politique franco-turc s’est considérablement densifié au cours de ces dernières années. Sans doute est-il amené à se renforcer encore, à la faveur de l’essor de la Turquie sur la scène régionale et internationale.

Je me réjouis que la Turquie ait été élue, en tant que membre non permanent du Conseil de Sécurité des Nations Unies, avec le soutien de la France. Par ailleurs, la présence de la Turquie au sein du G20, qui confirme votre pays dans le concert des nations, permet d’entretenir une étroite collaboration, notamment dans la perspective de la présidence française du G20 en 2011.

Enfin, quel que soit le lien qui unira la Turquie à l’Union Européenne dans les années à venir, et vous connaissez ma position sur ce sujet, ma ferme conviction est qu’il doit être le plus fort possible. La Turquie et l’Union Européenne ont à l’évidence un destin partagé.

Les relations franco-turques s’expriment aussi au travers des liens tissés entre nos deux sociétés.

Celles-ci ont appris, avec le temps, à mieux se connaître et s’apprécier.

De nombreux acteurs participent à cet élan : Français de Turquie, Turcs de France, acteurs institutionnels, milieux d’affaires et membres de la société civile.

Le rôle des passeurs de savoir que vous êtes, vous les anciens ou les amis de Galatasaray, intellectuels, fins connaisseurs de nos deux cultures, n’en est que plus grand.

Afin que nos deux pays soient toujours, comme l’histoire et leur destin le commandent, plus proches l’un de l’autre, à l’image de cette démocratie et de cette laïcité qu’ils ont en partage.

La Saison de la Turquie en France, qui vient de s’achever, a fait la démonstration éclatante de la pertinence de cette ambition, de la richesse de nos relations bilatérales, et de la marge de progression dont elles disposent encore.

J’ai personnellement décidé de l’organisation de cette Saison de la Turquie en France lorsque le projet m’a été présenté à la fin de l’année 2006. Je me réjouis que cet ambitieux projet ait été confirmé par le Président de la République, Nicolas Sarkozy, et porté par le Président de la République de Turquie, M. Abdullah Gül, comme par le Premier Ministre, M. Erdogan. Cette multiplication d’événements, sur tout notre territoire, a permis au Président Gül d’effectuer, à l’occasion du lancement de cette Saison, en octobre 2009, la première visite officielle d’un Chef d’Etat de la Turquie en France depuis celle du Président Süleyman Demirel en 1998. Elle a donné lieu aussi, au début du mois d’avril, à la première visite officielle en France, depuis six ans, du Premier Ministre, M. Erdogan, pour la clôture de cet événement.

Je remercie et je félicite tous les acteurs turcs et français de ce projet, qui ont permis son grand succès.

Cette Saison a parfaitement rempli son rôle, en contribuant à mieux faire connaître la Turquie contemporaine en France, et en donnant de votre pays une image moderne, vivante, dynamique, ambitieuse, en un mot une image plus exacte de la Turquie en France.

Notre communauté de destin s’exprime, enfin, par une préoccupation partagée afin de promouvoir la paix dans le monde.

Sur les théâtres d’opérations extérieures, soldats turcs et français sont présents, en Afghanistan et au Liban. Ils oeuvrent, côte à côte, pour le maintien de la paix.

Tout ce qui peut militer en faveur de la paix m’est cher, car la guerre n’est jamais une solution. C’est la raison pour laquelle, dans le cadre de la Fondation que j’ai inaugurée il y a bientôt deux ans, j’ai créé un Prix pour la prévention des conflits. En effet, la paix, elle aussi, peut être bâtie, ou maintenue, grâce à l’engagement individuel.

Le Prix que j’ai instauré vise à récompenser toutes celles et tous ceux qui, souvent dans l’ombre, s’engagent dans la médiation et dans la prévention des conflits.

Mesdames et Messieurs,

Je voudrais, pour conclure, citer la belle formule que le Général de Gaulle a prononcée ici même : « Lorsque la France, la première de tous les Etats d’Occident, reconnut le gouvernement d’Ankara, il est certain que la valeur d’une élite, bien connue chez nous, était pour beaucoup dans la confiance que nous portions d’emblée à la Turquie moderne ».

Il nous revient, ensemble, de faire vivre ces paroles. Cette confiance dans l’avenir de la Turquie et de ses relations avec la France, comme avec l’Union européenne, est plus que jamais nécessaire.

Fort de l’honneur que vous m’avez fait aujourd’hui, je vous assure de la fidélité de mon engagement à vos côtés.

Je vous remercie de votre attention.

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