Le discours de Jean-Louis Oliver au colloque “Politique de l’eau” – 2 mars 2011
Publié le : 8 mars 2011
Retrouver le discours de Jean-Louis Oliver, au colloque “Politique de l’eau” organisé par la Fondation pour l’innovation politique, mercredi 2 mars 2011.
| Jeudi 2 mars 2011, Monsieur Jean-Louis Oliver, Président de l’Académie de l’eau et Directeur général de la Fondation pour le programme de l’accès à l’eau et l’assainissement a participé au colloque “Politique de l’eau” organisé par la Fondation pour l’innovation politique. Télécharger le discours de Jean-Louis Oliver (pdf) |
Les fondamentaux de la gestion de l’eau
Dans les textes officiels comme dans le langage courant, les mots “gestion de l’eau” sont le plus souvent assortis de divers adjectifs qualificatifs : on parle ainsi de gestion “rationnelle”, de gestion “intégrée”, de gestion “équilibrée” ou de gestion “équitable”, ou encore de gestion “durable”.
Ces multiples qualificatifs dont la signification est imprécise, voire même subjective, sont révélateurs de la complexité de la problématique.
Il convient d’abord de rappeler les constatations de base suivantes :
1. Hormis les eaux souterraines fossiles, l’eau douce, superficielle ou souterraine, à l’état solide, liquide ou gazeux, fait partie d’un flux en perpétuel mouvement dans le cadre du grand cycle hydrologique actionné pour l’énergie solaire.
2. La distribution naturelle de l’eau douce est éminemment variable et très inégalement répartie, et parfois contrastée, dans l’espace en fonction des conditions géographiques, topographiques et climatiques comme dans le temps, selon les saisons, et les années.
3. Dans la mesure où l’eau est indispensable et irremplaçable dans toutes les activités humaines, qu’elles soient d’ordre économique, social ou culturel, la mobilisation de cette ressource essentielle, son transport, son stockage, son traitement, son évacuation conditionnent l’implantation, le développement et même la survie des populations.
4. Inversement, l’eau source de vie comporte aussi de sérieux risques et dangers : inondations, sécheresse, maladies hydriques, épidémies, etc… qu’il importe de prévenir et de contrôler.
5. Les premiers flux mobiles que partagent, qui relient et solidarisent des êtres humains vivant ensemble (famille, tribu, communauté, …) sont le langage et l’eau ; ensuite vient la création d’une monnaie. Ainsi y-a-t-il une relation entre bassins hydrographiques et bassins linguistiques, les populations se déplaçant toujours dans le creux des vallées. D’autre part, il est intéressant d’observer que la création de l’Euro a été concomitante avec la Directive Cadre Européenne sur l’eau, et que les pays de la zone Euro sont en général situés dans des bassins hydrographiques transfrontaliers (Rhin, Danube, Escaut, Oder, …)
Dans la gestion de l’eau, coexistent en fait trois problématiques différentes, complémentaires et interdépendantes :
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d’une part, la gestion particulière de chacun des multiples usages de l’eau (alimentation en eau et assainissement (eaux usées et eaux pluviales), usages agricoles et industriels, production d’énergie, navigation, pêche, sports et loisirs, …), du ressort des opérateurs professionnels spécialisés, qu’ils soient publics, semi-publics ou privés,
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d’autre part, la gestion globale, à la fois quantitative et qualitative, de la ressource en eau, superficielle ou souterraine, qui implique d’harmoniser entr’eux les divers usages, certes légitimes, mais aussi concurrents et souvent contradictoires, sans oublier la protection des milieux aquatiques et des écosystèmes ; cela nécessite aussi de concilier le court terme avec le moyen et surtout le long et le très long terme,
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enfin, il est essentiel de souligner que l’eau douce, à l’état solide ou liquide, superficielle ou souterraine, est portée par un territoire où elle est aussi essentielle à la faune, à la flore et à la biodiversité des espèces vivantes qui constituent l’environnement de ses habitants : en fait les problèmes de l’eau naissent et s’expriment sur le territoire ; la gestion de l’eau, de ses usages et de ses ressources, doit donc aussi s’articuler avec l’aménagement du territoire, urbain ou rural, dans lequel cette eau ne connaît pas les délimitations administratives ou politiques ; en effet elle a ses propres espaces : le bassin hydrographique et l’aquifère, qui sont souvent partagés entre plusieurs entités ou pays différents. Pour pallier et compenser l’inégalité, la disparité et la variabilité de la répartition de l’accès et de la qualité de l’eau, dans l’espace et dans le temps, il est indispensable de mettre en œuvre des mécanismes financiers (redevance et redistribution d’aides) prenant en considération les territoires, les populations concernées et l’horizon à plus ou moins long terme.
Pour toutes ces raisons, la gestion de l’eau est nécessairement complexe ; car elle doit faire appel à tous les ressorts de la vie collective et solidaire : elle est ainsi le reflet direct d’une forme de civilisation, à une époque et en un lieu donnés. Ce n’est pas par hasard si les grandes civilisations du passé ont fleuri en symbiose avec les eaux de fleuves comme le Nil, l’Indus, le Tigre et l’Euphrate, la Fergana, le Yantsé, le Fleuve Jaune, … et ont ainsi été appelées “civilisations hydrauliques”. En France comme dans la plupart des autres pays, les villes se sont implantées et se développent en bordure de cours d’eau, de lacs ou de la mer : c’est là qu’un peu partout les populations tendent naturellement à se concentrer alors que les campagnes se vident.
Aujourd’hui, le monde connaît des évolutions particulièrement rapides et profondes en matière d’urbanisation, d’industrialisation, d’énergie, de transports et de télécommunications, qui affectent considérablement les ressources et les usages de l’eau, depuis l’échelon local jusqu’au niveau planétaire ; de plus les changements climatiques augmentent la fréquence et la gravité des phénomènes hydrométéorologiques extrêmes (inondations, sécheresses, …), avec élévation du niveau et de la température des océans..
Dans ces conditions, l’amélioration de la gestion de l’eau est indissociable de la mise en place d’une nouvelle gouvernance d’un monde clairement devenu multipolaire, pour un aménagement collectif, solidaire et global de la planète, à la fois économique, social, environnemental et donc politique.
Pour une gestion efficace et durable des ressources en eau, l’expérience pratique montre qu’il est nécessaire de mettre en œuvre un ensemble d’outils complémentaires et cohérents, conformes aux concepts de développement durable et de gestion intégrée des ressources en eau (GIRE), à savoir :
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des outils scientifiques, techniques et technologiques, pour améliorer la connaissance et le suivi des eaux superficielles et souterraines ;
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des outils organisationnels et institutionnels, pour mettre en œuvre une GIRE ;
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des outils juridiques et administratifs, pour assurer le cadre de travail et les fonctions de régulation nécessaires des ressources et des usages de l’eau ;
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des outils économiques, financiers et fiscaux, pour mobiliser les capitaux indispensables et inciter à l’atteinte d’objectifs communs ;
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des outils de formation et de perfectionnement professionnel, pour améliorer les compétences aussi bien des décideurs politiques et des gestionnaires que du personnel technique et administratif ;
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enfin des outils de participation et de coopération, pour échanger et partager en toute transparence des informations, et mener dans la durée des actions concertées et solidaires d’intérêt commun.
Aucune de ces six catégories d’outils n’est, à elle seule, suffisante. C’est leur habile conjugaison qui permet de progresser et d’atteindre des résultats satisfaisants et durables.
Ces outils doivent être mis en œuvre de façon parallèle et progressive, aux différents niveaux nécessaires : local, national, transfrontalier et international, en prenant en considération les unités géographiques naturelles que sont les bassins hydrographiques et les systèmes aquifères.
Dans le monde d’aujourd’hui, il incombe aux pouvoirs publics de promouvoir, avec le concours de tous, une politique globale et cohérente de mise en valeur des ressources en eau qui permette le développement harmonieux de chacun des usages de l’eau en tenant compte de ses autres utilisations.
Avec le concours de tous, les pouvoirs publics ont simultanément d’importantes responsabilités à exercer en ce qui concerne la réglementation spécifique, “la régulation”, des principaux usages de l’eau :
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du point de vue de la santé publique, pour établir et faire respecter les normes de qualité pour la production et la distribution de l’eau potable, pour les rejets d’eau usées urbaines et industrielles ou pour la réutilisation éventuelles des eaux usées ; et prévenir la pollution des milieux aquatiques,
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du point de vue de la sécurité publique, pour établir et faire respecter les pratiques les meilleures en matière de conception, de construction et d’exploitation des ouvrages hydrauliques, en matière de protection contre les inondations et d’annonce de crues, ou en matière de réglementation et de contrôle des installations industrielles pouvant présenter des risques pour l’environnement,
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du point de vue de la concurrence, en ce qui concerne notamment la tarification de l’eau (structure et niveau), pour assurer un équilibre satisfaisant entre vertus et excès de la compétition économique dans un domaine sujet par nature au monopole de situation,
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du point de vue de la protection de la nature, de la faune, de la flore, des éco-systèmes et de la biodiversité, en prescrivant et en faisant respecter des objectifs de qualité des eaux ainsi que des débits réservés pour garantir un écoulement minimum dans les rivières,
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du point de vue de l’information, permette aux usagers d’accéder à une information claire et transparente, et de participer aux prises de décision.
Le prochain Forum Mondial de l’Eau que la France et la Ville de Marseille accueilleront en mars 2012 / et qui se veut le “Forum des solutions”, permettra de faire partager ces fondamentaux et faire progresser ces orientations de base.





