Première remise du Prix de la fondation Chirac – 6 novembre 2009
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Discours de Michel Camdessus
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Regarder la vidéo du discours de Michel Camdessus, Président de la Société de Financement de l’Économie Française (SFEF), Directeur général du Fonds Monétaire International de 1987 à 2000 :
(Seul le prononcé fait foi)
Monsieur le Président de la République,
Monsieur le Président de la Fondation Chirac,
Monsieur le Secrétaire général des Nations Unies,
Monsieur le Recteur de l’Académie de Paris,
Chers collègues membres du jury,
Mesdames et Messieurs,
L’honneur m’échoit de venir vous présenter les prix pour la prévention des conflits que la Fondation Chirac va remettre aujourd’hui pour la première fois.
Vous connaissez les objectifs essentiels de la Fondation depuis son lancement solennel, que vous aviez salué, Monsieur le Président de la République, le 9 juin 2008.
Notre Président et fondateur, face au triple danger qui s’impose à nos consciences :
- le danger d’uniformisation de nos cultures,
- celui de la destruction de notre environnement,
- celui du scandale de la pauvreté,
autant de menaces majeures pour la paix et pour la survie-même de notre planète, avait fixé cinq axes essentiels pour les premières actions de la Fondation :
- l’accès à l’eau et à l’assainissement,
- l’accès à des médicaments et une santé de qualité,
- la lutte contre la déforestation et la désertification,
- la préservation de la diversité culturelle,
- et, premier de tous, la prévention des conflits.
La résolution des conflits est certes admirablement saluée et les plus grandes causes de l’humanité sont récompensées par la Fondation Nobel, dont nous avons à notre Comité d’honneur -en la personne de Kofi Annan- l’un des plus illustres lauréats, aux côtés de quatre autres d’entre eux :
- Rigoberta Menchu (1992),
- Wangari Muta Maathai (2004),
- Muhammad Yunus (2006) et
- Rajendra Pachauri (2007).
Mais il nous a semblé qu’il serait utile d’instituer un prix qui s’attacherait très précisément à la prévention des conflits. Pourquoi celle-ci ?
Eh bien, nous le savons depuis l’Agenda pour la Paix proposé par Boutros Boutros-Ghali qui a fait de celle-ci une catégorie à part entière de l’action internationale. Dans le monde, des hommes, des femmes, de nombreuses institutions affrontent, chaque jour, des situations conflictuelles ; ils travaillent à les désamorcer, à éteindre des foyers de haine qui, à tout moment, pourraient muter en affrontements violents. Ils prennent pour cela des risques. Le Prix de la Fondation Chirac fera connaître leurs efforts, récompensera leur action et leur donnera plus de moyens. Deux formes d’action méritent d’être tout spécialement distinguées.
La première -par un prix spécial du jury- celle de personnalités qui, dans le cadre de la diplomatie institutionnelle, agissent pour la prévention en refusant de se laisser enfermer dans des déterminismes d’affrontements, en cherchant à explorer des voies nouvelles, à inventer des méthodes inusitées de dialogue et de rapprochement, à sortir des rigidités procédurières ou à conjurer l’absolutisme des précédents. C’est grâce à elles que sont parfois remises en cause des inimitiés séculaires, que sont descellés les premiers parpaings des murs de haine. C’est leur métier de diplomates, nous dira-t-on. Certes, mais c’est l’exercice de ce que ce grand métier requiert de plus de liberté d’esprit, d’engagement personnel, de persévérance, d’abnégation et de courage. Nous aimerions distinguer par notre prix spécial du jury de telles femmes et de tels hommes. Le Docteur ¨Park Jae Kyu a démontré la fécondité de telles manières d’agir.
Mais il est d’autres serviteurs de la prévention des conflits. Ce sont ceux dont l’histoire, en général, ne retient pas le nom, parce que ce sont précisément des anonymes, des sans-grade. Leur vie s’achève parfois et, souvent, violemment avant que la notoriété ne les effleure. Ils connaissent ce risque et délibérément l’ignorent. Partout dans le monde, partout où des dangers pour la paix se manifestent, de tels individus se dressent, ont l’audace de risquer le dialogue là où les cœurs se fermaient, s’engagent dans des actions dont la modestie apparaîtra parfois dérisoire, mais qui font que, finalement, le conflit ne dégénère pas et parfois s’achève en rencontres et retour à la paix. Pour cela, ils mobilisent les bonnes volontés, soutiennent les courages, ouvrent des sentiers d’espérance. Souvent aussi, hélas, faute du moindre soutien, leur action et ces espérances s’évanouissent, là où la paix aurait pu être sauvée.
Vous avez pensé, Monsieur le Président Chirac, que si nous parvenions à en soutenir quelques uns, nous contribuerions à exorciser de fausses fatalités de l’histoire, à donner à l’apaisement des chances inespérées et à mettre en route de nouvelles actions de paix. C’est de cette conviction qu’est née l’idée de ce prix et les lauréats que le jury vous a recommandé d’honorer aujourd’hui sont une vivante illustration de cette capacité de quelques sans-nom à contenir les logiques de violence, y compris l’une des plus pernicieuses, celle qui prend racine dans les affrontements religieux.
La question, en effet, est souvent posée : « Les religions sont-elles menace ou espoir de paix pour nos sociétés ? ». Et l’on disserte à ce propos à longueur de savants colloques… L’Iman Mohamed Ashafa et le Pasteur James Wuye n’ont pas disserté ni tenté des distinguos entre message de paix et passion prosélyte. Venant de cultures religieuses violemment opposées dans le contexte de leur région, ayant connu eux-mêmes cette violence, ils ont su opérer un retournement radical et retrouver, pour le vivre ensemble, le commandement d’amour du prochain quel qu’il soit, qui dans les religions du Livre, est égal au premier. Ils ont abandonné les armes pour se mettre au service de la fraternité. En cela, hommes de Foi, ils ont été et sont d’abord des hommes tout court : des hommes qui appliquent à la lettre ce seul devoir que notre charte à tous, la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme du 10 décembre 1948, impose à tous les hommes : « Agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité ».
Monsieur le Président de la République, Mesdames, Messieurs, voilà le type d’initiatives, voilà les hommes que la Fondation Chirac s’attachera inlassablement à soutenir.
Discours du Président Jacques Chirac
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(Seul le prononcé fait foi)
Monsieur le Secrétaire Général,
Cher Kofi Annan,
Mesdames et Messieurs les Ministres,
Monsieur le Recteur de l’Académie de Paris, Mesdames et Messieurs les membres du jury,
Mesdames et Messieurs,
Mes chers amis,
Notre monde fait face à de graves désordres.
La crise économique et financière accroît les risques et multiplie les déséquilibres et les inégalités. Ses conséquences, cruelles pour les populations les plus fragiles des pays riches, sont dramatiques pour les pays pauvres.
Comme le met tristement en lumière la crise alimentaire qui touche aujourd’hui un sixième de l’humanité, des centaines de millions d’hommes, de femmes et d’enfants sont plongés dans une misère indigne de la condition humaine.
Aujourd’hui, malgré une augmentation de la richesse globale, la pauvreté est partout.
A nos portes, chez nos voisins, et particulièrement en Afrique.
Le G20, sous l’impulsion du Président de la République Française, dans un effort de coopération sans précédent, s’efforce d’apporter une réponse à la hauteur des enjeux. Mais d’autres menaces subsistent et, parfois, s’aggravent. Partout, l’on voit resurgir les germes de conflits potentiels :
- identités exacerbées ou niées,
- accès déséquilibré à l’eau, à l’alimentation, aux sources d’énergie,
- perte de sens et de cohésion des sociétés.
Or, cédant à un sentiment d’impuissance, et parfois au cynisme, la communauté internationale s’accommode de conflits ouverts ou larvés, d’injustices évidentes ou cachées. Bref, elle renonce.
Oui, selon le mot célèbre, notre monde est grand et terrible.
Grand dans toutes ses promesses, terrible dans tous ses fléaux, et d’abord le premier d’entre eux: la guerre, la guerre, mère de toutes les pauvretés. La guerre entre les peuples, mais aussi la guerre civile, qui ajoute à la violence le déshonneur et l’autodestruction.
Je crois à la primauté du droit sur la force. Je crois à la vertu du dialogue. Je crois en l’Homme.
La guerre n’est jamais la solution. C’est pourquoi, il faut donner priorité et soutien à tout ce qui peut en extirper les racines du cœur de nos sociétés.
Il faut discerner les braises de la haine où qu’elles puissent couver, et aider tous ceux qui peuvent les éteindre, ceux qui dissipent les malentendus, ceux qui suscitent à temps les réconciliations.
Pour toutes ces raisons, j’ai voulu que ma Fondation crée un Prix pour la prévention des conflits.
Car la guerre n’est pas un phénomène appartenant au passé. Si l’Europe a su, après quelle barbarie, vivre en paix ces soixante dernières années, n’oublions pas que la guerre frappait à sa porte il y a peu : il y a dix ans à peine, les Balkans étaient en feu.
C’est l’un des risques d’un univers mondialisé que de transformer tout conflit local en une menace universelle.
Le monde se fait un pour le meilleur et pour le pire. Dans un tel contexte, « il n’y a pas », selon le mot d’Amadou Hampaté Bâ, « de petite querelle ».
L’Histoire nous l’a appris, chaque grande crise économique augmente les risques de déstabilisation politique et attise les conflits latents.
L’actuelle crise financière, même si les États ont su réagir plus vite et de manière plus efficace que lors de la grande dépression des années 30, laissera des traces. Le prix humain est déjà lourd. Des équilibres fragiles sont remis en cause.
Les années qui viennent seront à haut risque. Nous devons être lucides sur cette situation et en tirer les conséquences pour agir.
Nous sommes tous concernés. Nous devons être encore plus vigilants.
Je sais la part que vous avez prise, cher Kofi ANNAN, pour faire avancer la réflexion sur la prévention des conflits dans les instances de l’ONU, pour définir des concepts et des procédures comme celles de la veille continue, de l’alerte précoce, de la médiation ou de la facilitation. Partout, les organisations régionales se sont davantage impliquées, comme le fait aussi l’Organisation Internationale de la Francophonie, dirigée par notre ami le Président Abdou Diouf.
Nous devons être reconnaissants à tous ceux qui, au nom des Etats et des organisations internationales, s’efforcent patiemment, sans se laisser rebuter par les difficultés, d’apaiser les tensions internes ou externes, et d’éliminer les sources de possibles conflits.
Mais l’action en faveur de la paix a aussi besoin d’engagements plus larges.
Plus que jamais, il nous faut des militants de la paix issus de la société civile. Car l’action politique, si elle exige vision et hauteur de vue, a aussi besoin de relais.
Elle a besoin de passeurs.
Elle a besoin de femmes et d’hommes de cœur et de raison qui, au mépris des préjugés, prennent des risques pour eux et pour les leurs.
Ce sont eux qui ouvrent ces voies nouvelles, ignorant les logiques paresseuses de la fatalité.
Ce sont ces éclaireurs, ces vigies de la paix, que ma Fondation a voulu honorer en créant les Prix que nous allons remettre à ces premiers lauréats dans un instant.
Ils incarnent une espérance. Ils combattent le mal. Ils rendent ses chances à l’espoir.
Ils nous prouvent que le meilleur est possible.
Ils montrent qu’on peut changer le monde.
Ils le font sans bruit.
Par l’exemple.
Ils démontrent la force de la non-violence.
Ils fondent leur action sur le dialogue, sur l’écoute.
Ils emploient les moyens les plus simples : la force de la parole et de la main tendue.
La force du vouloir vivre ensemble, cher à notre ami Andrea Riccardi.
Il était juste de reconnaître leurs efforts. De les encourager. De les faire mieux connaître au monde.
Parce que leur travail patient représente une autre forme de diplomatie.
Il accrédite, au service de la communauté humaine, une forme d’action que Gandhi, Martin Luther King, Mandela et tant d’autres, ont mise au service de la paix et de la réconciliation des hommes : une politique de la « force faible» en quelque sorte.
La paix n’est pas seulement affaire de conférences internationales. La paix est parfois humble, comme un repas partagé. Elle se construit laborieusement, dans le cœur des femmes et des hommes.
Une telle méthode est-elle infaillible ? Certainement pas, puisque nous sommes dans un domaine où se mêlent intérêts, cruautés et intransigeance.
Elle est pourtant un apport précieux à une civilisation qui, en ce début du XXle siècle, découvre ses fragilités.
En remettant aujourd’hui les Prix de ma Fondation pour la prévention des conflits, c’est cette contribution exemplaire à la construction d’un monde meilleur que je veux saluer.
Je tiens à remercier les experts et les membres du jury qui nous ont accompagnés dans tout le processus de sélection de ces lauréats.
Je remercie également M. Naguib Sawiris pour son soutien à notre initiative.
Je remercie enfin le recteur Patrick Gérard, de nous accueillir dans ce haut lieu de culture et de civilisation qu’est la Sorbonne.
Le Prix du Jury récompense l’action du Docteur PARK Jae Kyu, ancien ministre coréen de la réunification, inlassable artisan du dialogue avec la Corée du Nord, et qui a ouvert la voie au rapprochement des populations.
Le Prix pour la prévention des conflits récompense, pour sa part, l’Imam Mohammed Ashafa et le Pasteur James Wuye. Tous deux, anciens adversaires dans un antagonisme militant, ont su remettre en cause le recours à la violence pour se consacrer à la réconciliation des cœurs et des esprits, dans un Nigeria traversé par les fractures religieuses et ethniques.
Le dialogue qu’ils ont engagé depuis plusieurs années continue de produire ses fruits et nous montre la voie.
Leur exemple, à tous les trois, nous oblige.
Permettez-moi enfin, dans cette circonstance particulière, de rendre un hommage respectueux à l’immense Claude Lévi Strauss, dont l’œuvre tout entière a été consacrée à montrer que toutes les civilisations étaient également dignes de respect.
Son enseignement lui aussi nous inspire.
Je vous remercie.
Discours du chef de l’Etat Nicolas Sarkozy
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Monsieur le Président, cher Jacques,
Monsieur le Secrétaire Général, cher Kofi Annan,
Madame la Ministre, chère Simone Veil,
Mesdames et Messieurs,
Chers lauréats,
Et si vous me le permettez,
Chers amis,
C’est moi, Jacques, qui suis honoré d’être parmi vous aujourd’hui, qui suis heureux de retrouver des amis, et honoré donc d’être associé à une initiative telle que celle qui nous réunit aujourd’hui.
La création de ce prix de la Fondation Chirac pour la prévention des conflits vient corriger une étrange injustice : en effet, ceux qui œuvrent à la résolution des conflits sont régulièrement – et légitimement – honorés. Mais ceux qui s’emploient à éviter que n’éclatent ces mêmes conflits sont généralement ignorés. Or, pour être le plus souvent discrète, leur action n’en traduit pas moins un engagement, un courage et, disons-le, un esprit de sacrifice qui mériteraient tout autant d’être reconnus. N’y a-t-il pas davantage de mérites à éviter un conflit qu’à arranger un conflit devenu inéluctable ?
Je ne crois pas à la fatalité. Les conflits, les guerres, ce qu’on a appelé « le choc des civilisations » ne sont pas une fatalité. Ils peuvent être évités par le dialogue, le respect mutuel, la reconnaissance d’un droit égal à la dignité et à la justice, ce qui fut, cher Jacques CHIRAC, le combat de votre vie
Les trois personnalités que vous avez choisies d’honorer ont dédié leur vie à la réconciliation des hommes.
Au Nigéria, qui en a tellement besoin, nos deux lauréats ont montré que des hommes aux religions différentes peuvent vivre ensemble dans la paix. Franchement, vous n’êtes pas si nombreux à croire dans ces idées et à les faire vivre pour qu’on n’omette de saluer le courage et l’esprit de paix qui vous animent.
Vous avez montré pareillement, s’agissant des deux Corées, que le dialogue est source de progrès et de paix dans un endroit du monde où tout vous pousserait à l’affrontement. Nous avons connu cela en Europe avec les deux Allemagne.
Vous nous avez montré tous les trois que c’est la méconnaissance de l’autre qui engendre la démagogie, la peur et la violence.
Monsieur le Président, cher Jacques CHIRAC, je ne suis pas surpris que la fondation que vous avez créée ait choisi de rendre hommage à ces trois hommes. Le dialogue et la paix sont depuis l’origine l’élément central de votre vision du monde.
Chacun sait les efforts inlassables que vous avez déployés sur tous les continents. Chacun se souvient de l’élan décisif que vous avez imprimé au règlement de la crise dans les Balkans ; crise d’ailleurs, cela va mieux mais enfin le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il convient d’être vigilant. Chacun se souvient de votre engagement constant au service du processus de paix au Proche Orient. Pour une raison, d’ailleurs, que je ne m’explique pas et que j’aimerai évoquer avec vous, pourquoi cela n’avance pas, alors que les éléments de la paix, les éléments du compromis; tout le monde les connaît, que cela n’a pas changé ? Tout le monde sait bien que la question des colonisations sera centrale, que la question des frontières sera capitale et que la question du statut de Jérusalem où, de toute éternité, il y habite des hommes et des femmes de religions différentes, s’est posée. Et pourtant, comme à votre époque, on a tant de mal à enclencher un processus de paix. On connaît le point d’arrivée, on connaît les protagonistes et pourtant on reste immobile, comme paralysé, ignorant que le temps travaille contre nous tant il y a eu déjà de souffrance.
Chacun connaît votre rôle déterminant dans l’affaire irakienne en 2003 où vous aviez vu juste. Chacun sait votre attachement au respect du multilatéralisme ; enfin, sur un continent qui nous est cher - l’Afrique -, cher Kofi, chacun connaît votre contribution au succès de l’opération Artémis en République démocratique du Congo.
Votre action, cher Jacques Chirac, vous l’avez conduite le plus souvent en étroite coopération avec Kofi ANNAN, avec son soutien, disons le, avec sa complicité dans le sens affectueux du terme. Moi, cher Jacques Chirac, je veux dire à Kofi ANNAN que son action comme Secrétaire général des Nations Unies, il y a eu des débats. Il y a eu des polémiques. Dans le fond je me demande si ce n’est pas plutôt bon signe qu’un Secrétaire général des Nations Unies, par une action forte, suscite des débats, parfois des polémiques plutôt qu’un calme plat. Toute comparaison avec la situation française serait totalement fortuite. Mais franchement, quand on est en situation de responsabilité et quand on veut en faire quelque chose, Jacques, forcément à un moment cela provoque l’incompréhension, forcément à un moment cela provoque le débat. Et Kofi ANNAN le sait parfaitement bien, lui qui a su faire de la prévention des conflits un des piliers de notre système de sécurité collective.
Je me réjouis également de me retrouver à cette tribune en compagnie de Simone VEIL qui incarne le combat pour la dignité de la femme, de l’homme et qui a été une pionnière d’une Europe de la réconciliation. Jacques, ce n’est pas lui faire injure que de dire que l’on peut additionner le tempérament de Kofi ANNAN, de Jacques CHIRAC et le mien et on arriverait à peu près à la moitié du tempérament de Simone VEIL.
Mesdames et Messieurs, chers amis,
De nombreux efforts ont été entrepris pour garantir la paix. Le monde a cru pouvoir déclarer la guerre hors la loi. On a institutionnalisé la sécurité collective avec la Société des Nations, puis les Nations Unies. On a créé des mécanismes d’alerte et de prévention en Europe, en Afrique et ailleurs. On a même institué à l’ONU une commission de consolidation de la paix, il fallait le trouver.
Est-ce que cette réponse est suffisante ? Je dis non. Je dis non parce que je pense que le passage du discours à l’action est insuffisant et parce que je considère, Jacques, que le monde n’a pas encore intégré que nous avions changé de siècle. Nous sommes au XXIème siècle et nous avons les institutions du XXème siècle.
Les ONG, les sociétés civiles dans ce XXIème siècle, les fondations, Jacques, joueront un rôle déterminant mais il va nous falloir réfléchir et agir sur la gouvernance mondiale. On ne peut pas continuer comme cela.
Au niveau européen enfin l’Europe va sortir du débat institutionnel que tu as bien connu, Jacques, enfin, elle va se doter d’une Présidence stable, cela ne résout pas tout d’avoir un pilote pour deux ans et demi. Mais sans pilote est-ce qu’une voiture peut avancer ?
Je veux dire également que les Nations Unies ne pourront pas rester immobiles Kofi. Qu’est-ce que c’est que ce Conseil de sécurité où l’Afrique d’un milliard d’habitants ne compte pas un seul membre permanent ? Mais c’est un scandale, ce n’est pas acceptable qui peut imaginer que la question Africaine doit être traitée par un Conseil de sécurité qui se contente d’avoir de temps à autre des membres élus. Enfin est-ce bien raisonnable d’imaginer que le continent sud américain de 400 à 450 millions d’habitants ne compte pas un seul membre permanent du Conseil de sécurité ? Qui peut imaginer que l’on peut peser sur les grandes affaires du monde sans un pays que nous chérissons tous les deux Jacques, le Brésil ? Qui peut imaginer que l’Inde qui sera dans trente ans plus peuplée que la Chine plus d’un milliard trois cent millions d’habitants ne soit pas membre permanent du Conseil de sécurité, est-ce raisonnable ?
De la même façon, Jacques CHIRAC a participé souvent aux réunions du G8, elles avaient un sens mais est-ce que l’on peut considérer qu’on va réguler la planète financière, qu’on va rétablir la paix dans le monde, qu’on va lutter contre le réchauffement climatique en invitant à la fin d’un sommet de trois jours pour un déjeuner deux milliards et demi d’habitants, à qui l’on dit venez participer au déjeuner, par ailleurs inégal, de fin de sommet en demandant au président Mexicain, au Président Brésilien, au Premier ministre Indien, au président Chinois et accessoirement au président Sud-Africain de venir voir au fond si il n’y a pas quelques restes de décisions à prendre ! Ce n’est pas raisonnable et si le G8 était resté enfermé dans ses certitudes ce n’est pas le G5 qui aurait été pénalisé, c’est qu’un jour on se serait réveillé avec un G8 qui n’aurait pas été invité par le G5. Voilà la réalité du monde d’aujourd’hui, je pense également à la Méditerranée, le monde et notamment l’Europe, en tournant le dos à la Méditerranée a cru tourner le dos à son passé, la vérité c’est qu’il a tourné le dos à l’avenir. La question de la rive sud et de la rive nord est une question absolument centrale, essentielle, je crois à cette union pour la méditerranée comme prévention des conflits et je me demande si le lieu de résolution du conflit entre Palestiniens et Israéliens n’est pas plus à même d’être réglé dans le cadre de cette méditerranée qui nous est commune, que dans d’autres enceintes qui ont montré depuis 1949 leur incapacité à faire en la matière le moindre progrès.
Mesdames et messieurs en définitive l’initiative qu’a prise Jacques CHIRAC est une initiative extraordinairement positive et utile, il va falloir continuer à agir dans ce sens pour que l’on obtienne le respect de l’environnement, tu avais été l’un des premiers à le comprendre puisque tu avais dit devant l’assemblée générale des Nations Unies : « la planète brûle il y a urgence, il faut qu’on y aille ». Tu avais fait inscrire dans la Constitution Française le principe de précaution, nous sommes à un mois et demi de Copenhague, si la France ne prend pas des responsabilités on va à un échec. Et cet échec serait absolument inacceptable et j’aimerais beaucoup que l’on puisse là aussi avec des Fondations comme la vôtre travailler sur la création d’une organisation mondiale de l’environnement sans laquelle aucun succès ne sera possible, parce que faire un sommet c’est bien, se mettre d’accord sur un communiqué à la fin d’un sommet c’est possible, mais qui mettra en œuvre les décisions du sommet.
J’ajoute Jacques pour en terminer qu’avec l’Organisation Mondiale de l’Environnement c’est la seule façon de répondre positivement à une de tes inquiétudes, qui est la domination d’une OMC qui est le symbole de la pensée unique, dans ce qu’elle peut avoir de plus outrageante. Je crois à la liberté du commerce, comme toi, je crois aux effets néfastes du protectionnisme, mais on ne peut pas tout juger à l’aune du seul droit du commerce. Or si il n’y a que l’OMC, on ne jugera qu’à l’aune du droit du commerce. S’il y a à côté de l’OMC une organisation mondiale de l’environnement on pourra intégrer un droit de l’environnement international pour trancher les conflits commerciaux, nous aurons à parler de l’exigence de la non prolifération des armes nucléaires. Il faudra en parler sans naïveté, je le dis en tant que Président de la République, Chef des Armées, garant de la sécurité nationale, jamais la France ne propagera l’idée de l’arme nucléaire, mais jamais la France ne renoncera à sa sécurité, pas un pays n’a fait davantage en la matière que la France. Mais ce n’est pas nous qui avons quelques centaines de têtes nucléaires à qui on doit demander de faire un effort supplémentaire, alors que des arsenaux immenses existent dans le monde.
Et puis bien sûr il y aura la question des droits de l’homme, je t’ai souvent entendu parler sur ce sujet, naturellement nous ne devons renoncer en rien à nos valeurs et la France ne serait plus la France si elle ne défendait pas les droits de l’homme. Mais les droits de l’homme et le combat pour les droits de l’homme, c’est aussi la compréhension des autres, cela ne veut pas dire la faiblesse, cela veut dire le souci de l’efficacité. On n’a rien par la faiblesse, mais on n’a rien non plus en humiliant les autres et en faisant progresser de cette question.
C’est un sujet sur lequel il faudra que l’on revienne parce que je vois beaucoup dans ce débat d’idées fausses, entre ceux qui ne pensent qu’aux contrats, ceux qui ne pensent qu’aux droits de l’homme, il y en a trop peu qui pensent à l’efficacité de l’action que l’on doit conduire et cela passe certainement pas d’autres chemins que ceux que je vois pris par moment.
Vous l’avez compris j’ai été très heureux d’être parmi vous, ce n’est pas tous les jours que l’on a la chance de féliciter un imam, à côté d’un pasteur, à côté d’un ministre Coréen et puis ce n’est pas tous les jours que j’ai le plaisir d’être aux côtés de Jacques CHIRAC et au fond c’est une vision de la France civilisée et apaisée que celle qui montre la continuité des responsabilités et qui montre également le respect, ce qui ne veut pas dire que l’on est d’accord sur tout, ou qu’on l’a été sur tout. J’ai lu un bon livre récemment sorti en librairie dont il n’est pas lieu de faire la promotion aujourd’hui, mais voilà, je pense que c’était mon devoir d’être parmi vous, à la fois par amitié et aussi pourquoi ne pas le dire par estime.
Je vous remercie.
Discours de Kofi Annan
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Discours de Park Jae-Kyu
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Regarder la vidéo (en anglais) du discours de Park Jae-Kyu, lauréat du Prix Spécial du Jury :
Je voudrais tout d’abord remercier du fond du cœur la fondation Chirac pour la reconnaissance de mes efforts et des travaux auxquels j’ai consacré ma vie.
Ce prix est un très grand honneur et je tiens à faire part de ma gratitude aux membres du Jury du fond de mon cœur.
Je dois vous avouer que dans les années 1970, je n’aurai pu imaginer qu’une telle reconnaissance soit possible. La tension entre les deux Corées était palpable puisque nous étions aux premières lignes de la Guerre Froide. Je parlais à mes amis de mon ambition de consacrer ma vie à œuvrer pour que mes compatriotes aient une meilleure connaissance et compréhension de la Corée du Nord, et, pour cela, à créer un institut de recherche. La plupart de mes proches disaient «Jae Kyu, ne sois pas ridicule. Cela n’en vaut pas la peine ! ».
Je pense que j’ai toujours été de nature déterminé, bien que ma femme parle plutôt d’ « entêtement ». J’ai suivi mon instinct et j’ai fondé l’Institut.
Finalement, cela vaut la peine d’être déterminé, d’être persévérant et de ne jamais renoncer, comme le prouvent les relations internationales qui ont beaucoup changé, par rapport à ce qu’elles étaient dans les années 1960 et 1970.
Et pendant tout ce temps, j’ai été plus que chanceux. J’ai eu la chance de pouvoir me préparer pour ces changements. J’ai alors pu prendre avantage des tournants critiques dans l’Histoire pour promouvoir la paix dans mon pays et en Asie -enfin je l’espère.
La situation dans la péninsule de Corée n’est plus la même. Bien qu’aujourd’hui, la réconciliation entre les deux Corées soit toujours en chantier, les relations intercoréennes se sont incontestablement améliorées. J’ai eu l’honneur d’y avoir ma part comme initiateur.
Ce Prix Spécial du Jury me prouve bien que ma décision, que j’ai prise il y a quarante ans, n’était pas si mauvaise.
J’ai trouvé l’inspiration pour surmonter les obstacles qui se présentaient devant moi et poursuivre ma tâche avec conviction, enthousiasme et passion. J’ai toujours essayé de communiquer cette énergie et confiance aux autres, surtout aux jeunes, pour leur permettre de trouver leurs propres convictions.
Cette distinction, dont vous avez bien voulu m’honorer pour ma contribution, est une source d’encouragement. Je poursuivrai ce travail, ce rêve. Ce rêve de voir ma patrie réunifiée et ses habitants réunis main dans la main, dans une vraie réconciliation et une vraie paix.
Merci beaucoup.
Discours de Simone Veil
Regarder la vidéo du discours de Simone Veil, Ancien Ministre d’Etat, Membre de l’Académie française :
Discours de l’Imam Muhammad Ashafa
Regardez la vidéo (en anglais) du discours de l’Imam Muhammad Ashafa, lauréat du Prix de la fondation Chirac :
Discours du Pasteur James Wuye
Regarder la vidéo (en anglais) du discours du Pasteur James Wuye, lauréat du Prix de la fondation Chirac :
Les photographies de la cérémonie de remise du Prix
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