Prix de la fondation Chirac pour la prévention des conflits
Tous les hommes de bonne volonté doivent se mobiliser pour que prévale la paix sur les facteurs de guerre
Jacques Chirac
Lancement de la fondation Chirac, 9 juin 2008
Le Prix de la Fondation Chirac :
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Les dernières informations
Les événements de Jos (au Nigeria), début mars, suscitent l’inquiétude de la communauté internationale. Le Secrétaire général de l’ONU, la Secrétaire d’Etat aux Etats-Unis, Hillary Clinton tout comme l’Organisation de la conférence islamique (OCI) appellent toutes les parties à la retenue. Le Pasteur James Wuye et l’Imam Muhammad Ashafa, récompensés par la fondation Chirac en novembre 2009, se sont rendus à Jos. Ils répondaient, mardi 9 mars 2010, à Sarah Tisser pour RFI sur les violences interethniques dans leur pays.
Park Jae Kyu, lauréat du Prix Spécial du Jury en novembre 2009, fait la Une en Asie : l’ “Asia-Pacific Business Technology report” lui consacre la couverture de son numéro de février 2010.
Un article signé par Marianne Meunier dans Jeune Afrique, se fait l’écho des tensions entre les communautés au Nigeria, d’où sont originaires les lauréats du Prix de la Fondation.
Récompensés par la Fondation pour l’exemplarité de leur action entre les communautés musulmanes et chrétiennes du Nigeria, l’Imam Muhammad Ashafa et le Pasteur Wuye se sont rendus fin décembre en Irak, puis au Soudan début janvier.
Regarder des extraits de la cérémonie :
Pourquoi un Prix pour la prévention des conflits?
Regardez la vidéo de la première réunion du Comité d’experts, le 7 mai 2009 :
Les efforts en faveur de la Paix sont couronnés par le Prix Nobel. En revanche, les efforts qui mettent le dialogue au cœur de la prévention des conflits sont peu récompensés à un niveau international. Pourtant, des hommes, des femmes, de nombreuses institutions, œuvrent d’une manière ou d’une autre à la prévention des conflits. De ce fait, ils prennent des risques. En effet tenter de prévenir un conflit alors que montent la méfiance et le désir d’agression est souvent plus risqué que de maintenir la Paix entre des belligérants.
Force est de remarquer l’absence de définition académique et de reconnaissance de ces acteurs discrets, et ceci en dépit des efforts de l’Egyptien Boutros Boutros Ghali pour en faire une catégorie à part entière de l’action internationale dans son Agenda pour la Paix.
La prévention des conflits est plus que jamais indispensable dans un monde où les guerres, les tensions intercommunautaires violentes augmentent et où des processus de paix s’avèrent soit inachevés, soit fragiles. Lorsque la crise est ouverte, les moyens d’imposer la paix restent limités et le risque de voir un conflit durer et s’enkyster est grand.
Le Prix de la Fondation Chirac pour la prévention des conflits a pour but d’améliorer la notoriété et de soutenir ceux qui investissent une partie de leur vie et de leurs ressources à prévenir les conflits.
Son attribution doit accroître la reconnaissance internationale de ces efforts, susciter de nouvelles vocations, et donner des moyens financiers pour la poursuite de ce travail.
Le besoin de prévention est gigantesque dans un monde ébranlé par la misère, l’exclusion, où des peuples et des communautés souffrent de l’injustice et de l’absence de droit. Nombre d’idéologies nourrissent le repliement sur soi, le rejet de l’autre, l’esprit de vengeance ou la recherche du bouc émissaire. La démagogie risque à tout moment d’épouser ces passions, d’aggraver les tensions et de les transformer en guerres ou en massacres. C’est pourquoi, il est vain de séparer la prévention des conflits civils de celle des conflits internationaux. Il existe une continuité des tensions, une osmose entre conflits communautaires et conflits d’Etat. Tous ceux qui désamorcent les uns ou les autres méritent une reconnaissance égale.
Organisation
La fondation Chirac réunit un Comité d’experts qui identifie les zones de conflits potentiels. Après avoir recensé les actions en faveur de la Paix, ce comité propose au jury du Prix une liste des personnalités ou des institutions qui ont contribué à faire naître un processus de dialogue entre belligérants. Ce jury, composé de personnalités ayant œuvré pour la Paix, choisit le lauréat pour l’exemplarité et l’urgence de son action.
Décerné à Paris le 6 novembre 2009, le Prix de la fondation Chirac pourra, à l’avenir, être remis hors de France car la Paix n’a pas de frontières.
Ils en parlent…
Regardez l’interview de Michel Camdessus, Membre fondateur de la Fondation Chirac et membre du Jury du Prix (15 juin 2009) :
Voir la vidéo >>
Regardez l’interview d’Olivier Lafourcade, Membre du Comité d’experts du Prix (15 juin 2009) :
Regardez l’interview d’Ismaïl Serageldin, Membre du Comité d’honneur de la fondation Chirac et membre du Jury du Prix (15 juin 2009) :
Regardez l’interview de Bernard Vatier, ancien Bâtonnier, Membre fondateur de la fondation Chirac et Membre du Comité d’experts du Prix :
Voir la vidéo >>
Regardez l’interview de Franck Debié, Directeur général de la fondation Chirac :
Regardez l’interview de Peter Harling, de l’International Crisis Group, Membre du Comité d’expert du Prix :
Regardez l’interview de Aldo Ajello, Représentant spécial de l’Union européenne pour la région des Grands lacs africains jusqu’en 2007, Membre du Comité d’experts du Prix :
Membres du Jury et Comité d’experts
Le Jury du Prix :
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Le Comité d’experts du Prix :
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Biographies des lauréats
- Park Jae-Kyu, lauréat du Prix spécial du Jury
Originaire de la Province de Kyongsang du Sud, en République de Corée, Park Jae-Kyu a étudié les Relations internationales aux États-Unis notamment à Columbia, où il se passionne pour les études nord-coréennes. Professeur à l’Université Kyungnam, il y fonde en 1972, l’Institut des Etudes pour l’Extrême Orient (IFES) pour promouvoir la paix entre les deux Corées et leur unification. En 1986, il devient Président de l’Université. Fin 1999, Kim Dae-Jung, Président de la République de Corée, le nomme ministre de l’Unification afin de mettre en œuvre une politique de coopération et de réconciliation avec la Corée du Nord. Depuis 2003, il est redevenu Président de l’Université Kyungnam. Park Jae-Kyu est l’auteur d’ouvrages sur les relations intercoréennes : The Politics of North Korea ; The Foreign Relations of North Korea et Nuclear Proliferation in Developing Countries.
- L’Imam Muhammad Ashafa et le Pasteur James Wuye, lauréats du Prix de la fondation Chirac
D’abord chefs de milices religieuses qui s’affrontaient au Nigeria, ils sont ensuite devenus des militants du dialogue interreligieux. Ensemble, ils ont créé, en 1995, le Centre de Médiation Interreligieuse (IMC) dans l’Etat de Kaduna, au nord du Nigeria. Ils travaillent désormais à la pacification de leur pays et s’efforcent de diffuser leur méthode de dialogue à l’étranger.
Le Centre de médiation interreligieuse
Fondé en 1995 à Kaduna, le Centre de Médiation Interreligieuse (IMC) forme des équipes à la résolution des conflits à travers le Nigeria. Il intervient dans les écoles et les universités, au moyen de séminaires et d’ateliers sur la démocratie et le dialogue interreligieux. La religion y est présentée comme un facteur de rapprochement. L’IMC s’adresse aux femmes, aux jeunes, aux chefs religieux et aux responsables politiques. Ce Centre a, entre autres, contribué à apaiser les tensions lors des affrontements de Kaduna en 2002 et de Yelwa en 2004.
Le Pasteur James Wuye et l’Imam Muhammad Ashafa ont reçu en 2005 le Prix de la Paix de Brême.
En savoir plus sur la situation en Corée
Guerre froide, détente et regain de tensions entre les deux Corées
Treizième puissance économique mondiale, la Corée du Sud a toujours fait figurer au premier plan, dans sa politique extérieure, la réunification et la dénucléarisation de la péninsule coréenne.
Au moment de partition de la péninsule en 1948, tout oppose la République de Corée (le sud, soutenu par les Etats-Unis) et la République populaire démocratique de Corée (le nord, soutenu par l’URSS). Ce différend prend la forme d’un conflit ouvert (1950-1953) et international. L’armistice qui prévaut depuis 1953 n’a été suivi par aucun traité de paix. Les deux pays se considèrent mutuellement comme en état de belligérance. La frontière est fermée et constitue un autre rideau de fer.
Il faut attendre la fin de la Guerre froide et l’entrée des deux Corée à l’ONU pour que les efforts de rapprochement entrepris dès les années 60 – et qui s’étaient soldés par un échec, la Corée du Sud ne voulant se défaire de son accord militaire privilégié avec les Etats-Unis – reprennent pour aboutir en juin 2000 à une première rencontre entre les dirigeants des deux pays à Pyongyang. La « politique de paix et de prospérité » lancée par le président sud-coréen Kim Dae-Jung trouve alors auprès de nord-coréen Kim Jung-il un écho favorable. Il ne s’agit pas moins que d’instaurer un nouveau climat de confiance et surtout de favoriser l’ouverture et le développement de la Corée du Nord pour éviter l’effondrement économique de cette dernière. La politique de Kim Dae-Jung, surnommée « Sunshine policy », a pu être comparée à l’Ostpolitik du Chancelier Willy Brandt. Elle a été saluée par un prix Nobel de la paix. Elle s’inspire des théories fonctionnalistes des relations internationales où la création pragmatique d’intérêts communs dans le domaine économique permet de prévenir les conflits et de préparer, dans un avenir plus ou moins proche, le rapprochement puis la réconciliation, les disparités économiques et sociales de départ ayant été atténuées.
Cette première rencontre a débouché sur des projets très concrets : humanitaires avec la réunion de familles de part et d’autre du Mont Kumgang (15 000 personnes) ; économiques avec la construction d’un complexe touristique sur le même Mont Kumgang (2004) et le développement d’une zone industrielle commune à Kaesong.
Le deuxième sommet intercoréen en 2007, entre Roh Moo-Hyun et Kim Jung-Li, poursuit dans la même voie, avec des avancées substantielles vers la paix et la coopération dans la péninsule. La déclaration commune à l’issue du sommet bilatérale préconise, en effet, l’instauration de négociations à 3 ou 4 pays (les deux Corée, les Etats-Unis, la Chine) en vue d’instaurer un « système de paix permanent ». La Corée du Nord esquisse l’engagement de démanteler ses installations nucléaires et promet de renouveler les sommets bilatéraux. Le volet économique n’est pas en reste avec le rétablissement du transport ferroviaire de fret (la première depuis plus d’un demi-siècle) et le projet de faire de la Mer Jaune, source de tensions dans le passé, une zone de coopération. La collaboration économique devait s’accroître pour un montant de 11 milliards de dollars, en particulier dans le domaine des industries technologiques (micro-informatique). Dès 2005, les échanges économiques entre les deux pays dépassent le milliard de dollars et la Corée du Sud devient le deuxième partenaire économique, après la Chine, de la Corée du Nord.
L’un des obstacles les plus importants à ce rapprochement concerne le dossier nucléaire. La Corée du Nord, rechigne à mettre un terme au développement de ses armes nucléaires et de ses moyens balistiques. Déjà en 2006, le Conseil de sécurité de l’ONU a adopté à l’unanimité la résolution 1718 condamnant l’essai nucléaire nord-coréen du 9 octobre et exigé le démantèlement des programmes nucléaires. Pour affirmer sa détermination, il a instauré un système de sanction.
La dynamique positive créée par les pourparlers bilatéraux a des conséquences positives sur le dossier nucléaire. En février 2007, une première rencontre à six (les deux Corée, les Etats-Unis, la Chine, la Russie, le Japon) débouche sur l’acceptation par la Corée de Nord des premières mesures de gel de son programme nucléaire en échange de fourniture d’énergie. Un nouveau pas est franchi au Sommet de Pyongyang, le 3 octobre 2007, avec l’engagement de la Corée du Nord de neutraliser l’ensemble de ses programmes et installations nucléaires avant la fin de l’année contre une aide énergétique accrue (1 million de tonnes de fioul) et une normalisation de ses relations avec les Etats-Unis.
Mais depuis 2008, la situation se détériore à nouveau beaucoup plus rapidement. En juillet 2008, un premier incident met un terme à l’activité touristique sur le site de Kumgang (une touriste sud-coréenne est abattue par un garde-frontière nord-coréen) ; en décembre de la même année, la Corée du Nord durcit encore le ton en suspendant l’activité économique commune du site de Keasong ainsi que la ligne ferroviaire intercoréenne. Début 2009, elle procède à l’incarcération d’un ressortissant sud-coréen travaillant à Kaesong pour « subversion » ainsi qu’à un nouveau tir d’engin balistique (5 avril 2009) aussitôt condamné par le Conseil de Sécurité. Le 14 avril, La Corée du Nord se retire des pourparlers à six, exige le départ de l’AIEA et reprend ses activités nucléaires militaires sur le site de Yongbyon avec un nouvel essai qualifié de nucléaire. Cette nouvelle violation entraîne des sanctions financières de la communauté internationale. Une nouvelle ambiance de Guerre froide s’installe.
Ce regain de tensions n’est pas sans conséquences économiques, pour la Corée du Nord, l’un des pays les plus pauvres d’Asie, mais également pour la Corée du Sud.
Depuis août 2009, une nouvelle détente semble cependant s’esquisser timidement. Les acteurs du processus de la « Sunshine Policy », partisans du dialogue bilatéral et du pragmatisme y jouent un rôle important.
En savoir plus sur la situation au Nigeria
Guerre de religions au Nigeria
Le Nigeria est l’un des grands pays d’Afrique, au carrefour du Sahel et de l’axe du Niger qui l’ouvre sur le Golfe de Guinée. Une place que vient renforcer une population nombreuse (120 millions d’habitants) et des richesses énergétiques importantes. Malgré ces atouts, le Nigeria, issu des découpages coloniaux de l’Afrique, reste prisonnier des forces centrifuges.
Le pays a connu l’une des guerres civiles les plus meurtrières d’après les Indépendances avec 2 millions de morts de mai 1967 à janvier1970, lors de la sécession de l’Est en République du Biafra. La situation économique et sociale s’est beaucoup dégradée depuis l’âge d’or des années 1970. L’eldorado pétrolier est loin, le revenu par habitant a plongé et la dette extérieure n’a cessé de croître. L’ensemble du pays est marqué par la croissance des inégalités, le développement de l’économie informelle, l’essor de la corruption et de l’insécurité, en particulier à Lagos.
Dans ce contexte dégradé, de nombreuses forces politiques et groupes d’intérêt jouent sur les clivages ethnico-culturels pour préserver leur position au sein de la Fédération. On a l’habitude d’opposer les Haoussa Peuls du Nord, de confession musulmane aux Ibo du Sud à majorité chrétienne. C’est oublier là l’existence d’un troisième grand groupe ethnique, les Yoruba (au Sud Est) et d’une myriade de groupes minoritaires qui nouent des alliances complexes pour défendre un Nigeria fédéraliste. Ils ont eu gain de cause puisque les Etats fédérés sont passés de 3 à 36 entre 1960 et 1996. Le Sud Est, où se concentre la plupart des richesses naturelles et où la population, à majorité Ibo, se rebelle depuis 1990 contre l’Etat fédéral pour obtenir une partie plus importante de la manne pétrolière. Un nationalisme local puissant y subsiste. Autre lieu de violence, stratégique celui-ci : celui du Delta du Niger où se multiplient sabotages en tout genre, prises d’otages ou vol à grande échelle de pétrole.
Il est vrai que face aux ethnies, l’Etat semble bien faible, hésitant depuis 1960 entre fédération et confédération, régime civil ou militaire, régime démocratique ou autoritaire. On ne compte pas moins d’une quinzaine de coups d’Etat auxquels il faut ajouter les assassinats politiques ou les décès sans explication. Les civils, jusqu’en 1999, n’ont occupé le pouvoir que lors de la Ière République (1960-1966), de la 2ème (1979-1983) puis de la 3ème (1993). L’armée reste donc omniprésente dans la vie politique.
À cette complexité vient désormais se surajouter un conflit à dimension religieuse. Dans le nord du pays un islamisme politique violent s’est développé depuis les années 80, visant à rétablir un « ordre musulman » qui aurait été détruit par la colonisation et les premières années de l’Indépendance. Cet islamisme politique, attisé par différents prosélytismes issus du Moyen-Orient, progresse chez les Haoussas et les Yorubas. De leur côté, les « poches » Ibo sont l’objet d’une nouvelle vague d’évangélisation par des sectes protestantes venues des Etats-Unis. Partout des groupes chrétiens s’organisent pour défendre leur place et passer à la contre-offensive.
La région septentrionale du Nigeria connait régulièrement des périodes de violences inter-religieuse : les affrontements entre milices chrétiennes et musulmanes dans le nord du pays ont fait des milliers de morts dans les années quatre-vingt-dix, avec des dizaines d’églises et de mosquées détruites dans des conflits fratricides. D’autres affrontements ont eu lieu dans les dernières années au centre du pays.
Pour le nouveau Président élu en 2007, l’urgence est de préserver l’équilibre entre le Nord musulman et en déclin économique et le Sud, plus dense et plus riche, qui reste menacé par diverses formes de violences et n’est plus à l’abri d’affrontements à base confessionnelle, comme l’ont montré les événements de 2008.
Contact
Arnaud Danjean / Délégué Général pour le Prix de la fondation Chirac pour la prévention des conflits
Fondation Chirac
14, rue d’Anjou
75008 Paris
Tél : + 33 (1) 47 42 87 60
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