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L’Eau pour la Paix – la Paix pour l’Eau


Le discours de Jacques Chirac à la Maison de l’Unesco

(Crédit : NEWSPRODMedia Manser)

La coopération transfrontalière, source de paix

La gestion en commun des ressources en eau, incontournable puisque 90% de la population mondiale vit dans des pays qui partagent leurs ressources en eau avec d’autres, n’est pas un rêve. Elle s’inscrit déjà dans la réalité avec le fleuve Sénégal ou l’Indus par exemple. La Conférence du 13 novembre 2008 est venue donner d’autres initiatives réalisables pour la concrétiser là où elle fait encore défaut.

2007 a été marqué par les émeutes de la faim. Pour que 2008 et les prochains mois ne connaissent pas des « émeutes de la soif », comme le redoute Jacques Chirac, la coopération internationale et plus précisément transfrontalière, bassin par bassin, doit se renforcer dans le domaine de l’eau. Dans cette perspective, Jacques Chirac a souligné l’importance des outils qui existent déjà et en a esquissé d’autres pour que les « lacs, fleuves, mers intérieures {ne soient plus des} égouts à ciel ouverts ».

D’accord avec Michel Camdessus, ancien Directeur du Fonds Monétaire International, Loïc Fauchon, directeur du Conseil mondial de l’eau, ou encore avec Mohamed S. Merzoug, Haut Commissaire pour la mise en valeur du fleuve Sénégal (OMVS), sur l’importance du rôle que doivent jouer les pays du Nord, Jacques Chirac a rappelé que l’aide au développement ne suffira pas. Si l’on veut qu’un milliard de personnes ne souffre plus de la soif, il faut en effet garantir l’apport d’1,4 milliards de dollars par an jusqu’en 2025. Pour atteindre cet objectif, le président de la fondation Chirac propose donc la création d’une taxe internationale sur les transports maritimes, à l’instar de celle créée avec Unitaid pour les médicaments. Novatrice, cette initiative a trouvé écho parmi les spécialistes réunis à cette occasion. Loïc Fauchon envisage même des outils supplémentaires, comme un accord avec l’Opep pour que le coût de l’énergie pèse moins sur le secteur de l’eau.

Pour un droit humain universel à l’eau

Mais, à la suite de Jacques Chirac, et tout au long de la matinée, un autre point essentiel a marqué les débats : l’accès à l’eau doit être reconnu comme un droit humain universel. C’est même un préalable à toute action, comme l’a dit avec force le Premier ministre palestinien Salam Fayyad : pour les Palestiniens par exemple, « l’accès à l’eau est une condition préalable à la construction de l’Etat ». Et, loin d’être facteur de tension, ce droit à l’eau mène au contraire à la paix. Chacun des dix intervenants s’accorde là-dessus. Certes, le manque de coopération actuel dans la gestion des ressources partagées accentue les risques de conflits. Mais l’histoire montre que bien plus souvent « le bon sens l’emporte » comme l’a expliqué Michel Camdessus. Jean-Michel Severino en a d’ailleurs donné un exemple concret. Au Tchad, un projet de gestion des ressources, mené par l’Agence française de développement qu’il dirige, a permis aux nomades et aux sédentaires, jusque-là frères ennemis qui s’ignoraient sur un même territoire, de se connaître et de travailler ensemble pour assurer l’accès égal de tous à l’eau.

Une grande initiative pour le Jourdain

Financements et droit humain universel à l’eau, tels sont les deux grands objectifs fixés par cette Conférence. Mais pour concrétiser la coopération entre les Etats autour des bassins et aquifères partagés, manquent également des structures et des règles pour guider les dirigeants. C’est ce que Jacques Chirac espère voir naître avec l’initiative pour le Jourdain qu’il appelle de ses vœux. C’est aussi ce que demande Koïchiro Matsuura, Directeur général de l’Unesco, lorsqu’il exige que les Etats ratifient enfin la Convention de 1997 sur l’utilisation des cours d’eau internationaux à des fins autres que la navigation. Si désormais, comme avec les voisins du Mozambique, les Etats voient la coopération sur l’eau comme une opportunité, ils ont besoin d’un cadre de régulation, a expliqué Lidia Brito, ex-ministre de l’Education Supérieure du Mozambique. Le cas de l’OMVS, décrit par Mohamed S. Merzoug, l’illustre : si le Sénégal, le Mali et la Mauritanie tirent aujourd’hui les bénéfices de la gestion partagée de leurs ressources en eau, c’est bien parce ces Etats se sont donné des outils de régulation, d’exécution et d’arbitrage reconnus par chacun. Ils donnent l’exemple, reste à le reproduire dans chaque territoire où le partage s’impose et en tenant compte des cultures et traditions de chacun.

Des solutions à portée d’une goutte d’eau

La Directrice du Centre indien pour la Science et l’Environnement, Sunita Narain, a très clairement expliqué le dernier grand enjeu à relever pour réussir une gestion en commun des ressources en eau : celui de la volonté politique. A ce niveau, seul un travail pédagogique pourra être efficace. Il faut, a-t-elle dit, « construire une société qui comprenne l’importance de chaque goutte d’eau » et accepter le fait qu’être puissant, « ce n’est pas dépenser l’eau plus que de raison mais au contraire l’utiliser avec modération ». Lorsque tous les Etats auront compris cela, la coopération pourra se dessiner plus sûrement. Le Forum Mondial de l’Eau d’Istanbul y travaillera.

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